Petit, coloré et facile à emporter, le ukulélé séduit aujourd’hui des millions de personnes dans le monde. Mais derrière son image joyeuse se cache une histoire riche, faite de migrations, de commerce, de fierté culturelle et de modes successives. C’est précisément ce qui en fait un excellent sujet de mémoire.
Comment transformer cette matière en travail universitaire structuré ? Comment articuler l’histoire de l’instrument et sa dimension culturelle sans se perdre dans les anecdotes ? Voici une méthode pas à pas pour choisir votre angle, trouver vos sources et construire une démonstration solide.
1. Choisir un angle précis
« L’histoire du ukulélé » est un sujet bien trop large pour un mémoire. Il faut le resserrer autour d’une problématique. Vous pouvez par exemple étudier la construction de l’instrument et ses évolutions techniques, son rôle dans l’identité musicale hawaïenne, sa diffusion aux États-Unis et en Europe, ou encore son renouveau récent grâce aux réseaux sociaux.
Posez-vous la question suivante : que voulez-vous démontrer ? Un mémoire n’est pas une encyclopédie, c’est une démonstration. Une problématique du type « Comment le ukulélé est-il passé d’un instrument insulaire à un symbole mondial de la pop culture ? » impose un fil directeur et évite le simple récit chronologique. Précisez aussi vos limites dans le temps et dans l’espace : une période, un pays, un type de musiciens.
2. Comprendre les origines de l’instrument
Le ukulélé est généralement présenté comme un descendant de petites guitares portugaises, dont le machete de Braga, introduites à Hawaï dans la seconde moitié du XIXe siècle par des immigrants venus de Madère et des Açores. Les premiers luthiers installés sur l’archipel auraient adapté ces modèles, ce qui a donné naissance à l’instrument que nous connaissons.
Ce récit est largement admis, mais il comporte des zones d’incertitude : dates précises, rôle exact de chaque artisan, origine du nom. On traduit souvent « ukulele » par « puce sauteuse », alors que d’autres explications circulent. Un bon mémoire ne répète pas ces éléments comme des vérités absolues : il présente les versions existantes, compare les sources et signale ce qui reste débattu.
3. Retracer les grandes étapes de la diffusion
Une fois les origines posées, structurez votre analyse autour de moments clés. Le soutien de la famille royale hawaïenne à la fin du XIXe siècle a contribué à ancrer l’instrument dans la culture locale. Au début du XXe siècle, les expositions internationales et les tournées de musiciens hawaïens l’ont fait connaître sur le continent américain, avant une véritable vogue dans les années 1920. Parmi les jalons souvent cités figurent l’exposition universelle de San Francisco en 1915 et, plus près de nous, le succès international de la reprise de « Somewhere Over the Rainbow » par Israel Kamakawiwoʻole.
Le ukulélé a ensuite traversé plusieurs cycles : usage télévisuel et familial au milieu du siècle, images humoristiques ou excentriques, puis renaissance culturelle hawaïenne et succès mondial de certains artistes. Les orchestres de ukulélés, les festivals et les vidéos en ligne ont enfin élargi sa pratique. Pour chaque étape, demandez-vous : qui joue, dans quel contexte, et pourquoi à ce moment-là ?
4. Analyser la dimension culturelle et sociale
L’histoire ne suffit pas : un mémoire sur un instrument gagne à s’appuyer sur des concepts issus de l’ethnomusicologie, de la sociologie ou de l’histoire culturelle. Interrogez le lien entre l’instrument et l’identité hawaïenne, la question de la représentation et des stéréotypes, ou encore les enjeux d’appropriation culturelle lorsqu’un instrument circule loin de son territoire d’origine.
Vous pouvez aussi étudier la mondialisation de sa pratique : pourquoi est-il devenu un instrument d’initiation dans les écoles, un outil de sociabilité dans les clubs et les ateliers, ou une porte d’entrée vers la musique pour les adultes ? Cette approche transforme votre travail en véritable analyse, et pas seulement en présentation descriptive. N’hésitez pas à confronter les points de vue : celui des musiciens hawaïens, des fabricants, des enseignants et des amateurs n’est pas toujours identique.
5. Rassembler des sources fiables
Combinez plusieurs types de ressources pour croiser les informations :
• Ouvrages de référence : livres d’histoire des instruments et monographies consacrées au ukulélé, comme les travaux de Jim Beloff, à compléter par des ouvrages d’organologie et d’ethnomusicologie.
• Articles scientifiques : recherchez sur Cairn.info, Persée, OpenEdition et Google Scholar avec des mots-clés en français et en anglais (ukulele, Hawaiian music, instrument history).
• Archives de presse : journaux anciens numérisés, comme Gallica, Chronicling America ou les bases de journaux hawaïens, pour observer la réception de l’instrument à l’époque.
• Musées et collections : les instruments anciens et leurs notices, à consulter en ligne ou sur place, offrent des informations précieuses sur la fabrication.
• Sources orales : entretiens avec des luthiers, des enseignants, des musiciens ou des responsables d’associations.
6. Adopter une méthode rigoureuse
Construisez d’abord une chronologie détaillée, avec pour chaque date la source qui l’appuie. Vous repérerez ainsi rapidement les contradictions. Ensuite, comparez les versions : un livre grand public, un article scientifique et un site de fabricant ne racontent pas toujours la même histoire.
Si vous menez des entretiens, préparez une grille de questions, demandez l’autorisation d’enregistrer et notez le contexte de chaque rencontre. Ces témoignages ne remplacent pas les sources écrites, mais ils apportent un regard concret sur la pratique actuelle, la fabrication et la transmission. Pensez aussi à observer un atelier de lutherie, un cours collectif ou un festival : quelques heures de terrain suffisent souvent à nourrir une partie entière.
7. Éviter les pièges classiques
Le principal danger est de reprendre des légendes sans les vérifier. Les histoires d’instruments sont souvent embellies, copiées d’un site à l’autre, et rarement sourcées. Méfiez-vous aussi des généralisations, du type « le ukulélé est un instrument hawaïen » : la réalité est plus nuancée, puisque l’instrument a des origines européennes et des développements très variés.
Évitez enfin de vous limiter à une vision nostalgique ou folklorique. Un mémoire universitaire attend du recul, une analyse critique et une distinction claire entre faits, interprétations et opinions. Citez enfin toutes vos sources, y compris les photographies, les partitions et les extraits sonores, afin de respecter le droit d’auteur et d’éviter tout risque de plagiat.
8. Proposer un plan possible
Voici un exemple de structure adaptable à votre sujet :
• Introduction : présentation du sujet, problématique, méthode et sources.
• Partie 1 : les origines de l’instrument et son ancrage à Hawaï.
• Partie 2 : les grandes vagues de diffusion, avec leurs acteurs et leurs contextes.
• Partie 3 : les enjeux culturels actuels : identité, appropriation, pratiques contemporaines.
• Conclusion : réponse à la problématique et ouvertures possibles.
Conclusion : un sujet vivant, à traiter avec méthode
Le ukulélé offre un terrain de recherche passionnant, à la croisée de l’histoire, de la musique et des sciences sociales. Pour réussir votre mémoire, choisissez un angle précis, croisez vos sources, restez prudent face aux légendes et gardez toujours une problématique claire.
Avec une bonne méthode, ce petit instrument peut vous permettre de raconter une grande histoire : celle des échanges culturels et de la manière dont un objet du quotidien devient un symbole.




